« On porte tous un masque. C’est comme ça que ça se passe le mieux. »

C’est ce que ce stagiaire m’a dit en tour de table de la 1e journée d’intervention dans cette équipe en conflits. C’est sa réponse lorsque j’ai demandé comment chacun se sentait.

Cette phrase m’a immédiatement interpellée. Je n’ai rien dit mais j’ai noté pour la suite : pas faux mais pas tout à fait vrai pour autant.
On adapte tous notre communication selon les contextes et les personnes.

Mais elle révélait autre chose : la conviction que faire semblant est la condition pour vivre avec les autres.
Que sans masque, ça ne passerait pas.

Je me dis que ça doit être épuisant à porter, au quotidien. Et un peu triste, aussi.

Penser qu’on est trop. Ou pas assez. Que l’autre ne pourrait pas nous recevoir ni nous accepter tels qu’on est.

Mais comment savoir si ce qu’on est vraiment serait suffisant si on s’applique tant à le cacher ?

Cette phrase d’inclusion m’a semblé violente pour lui, et pour les autres dans le groupe. Pas dans l’intention. Dans ce qu’elle disait de lui, sans qu’il ne le réalise.

C’est souvent là que mon travail commence. Dans ces petites phrases qui passent vite, et qui disent beaucoup.
Auprès des individus. Et des collectifs.